jeudi 1 septembre 2016

Fugue, ou comment découvrir sa voix dans le silence...

Fugue
Anne Delaflotte Mehdevi
Babel (2014)

Une petite fille s'enfuit de l'école le jour de la rentrée. Elle est bientôt retrouvée saine et sauve mais sa mère, Chlotilde, a hurlé son nom... à en perdre la voix.
Femme au foyer se consacrant à l'éducation de ses enfants, aimée par un mari souvent absent, Chlotilde semblait jusqu'ici jouir d'une vie enviable. Pourtant l'incident a bouleversé tout ce confort établi. Elle consulte et apprend que des injections lui rendraient la parole, mais la priveraient de la voix de chanteuse lyrique qu'elle s'est découverte au cours de sa thérapie. Ses proches la pressent d'accepter le traitement même s'il exige de sacrifier son don. Deux voies s'offrent alors à elle...
Un très beau roman sur l'émotion artistique et la liberté de tracer sa propre route.


« Ce qu'elle voulait c'était "faire" de la musique et comme l'amour, et comme l'écriture peut-être pour qui écrit, ce n'est pas quelque chose à propos de quoi on parle. On le fait justement parce que la parole ne suffit plus. »


Un grand merci à mon amie Laurie pour cette découverte extrêmement touchante. Parce que si tu ne m'avais pas choisi ce livre par hasard sur une table en librairie en te disant que "de toute façon, elle a déjà la moitié des livres qui existe", ce qui est totalement faux en plus, je n'aurai pas pu découvrir ce bijou littéraire. Certes, il a attendu sagement sur son étagère une année avant d'être ouvert, et il me l'a fait payé émotionnellement parlant !

Le gros bon point, c'est qu'on entre tout de suite dans le vif du sujet. Le résumé est assez fidèle à l'histoire, même si en le lisant mon esprit vagabond a encore une fois fait des siennes en imaginant d'autres contours à l'intrigue ! Je voyais déjà le schéma de la mère de famille qui s'ennuie un peu dans sa vie confortable, un mari souvent absent avec ce sentiment d'abandon à conjuguer ensemble et personne à qui parler alors que... pas du tout !

Chlotilde est une femme de volonté, elle est mère au foyer mais sait dans quoi se lancer si jamais l'envie de reprendre un travail devait s'insinuer en elle. Elle a une amie fidèle, un père présent et un mari qui l'aime malgré ses déplacements d'ordre professionnels. Et en prime des enfants adorables ! Mais tout ce beau monde va être chamboulé en une matinée par la fugue d'une des filles du couple, au matin de la rentrée (hé, on est dans l'actualité, ou pas ? :P).

La fillette est retrouvée saine et sauve mais, comme dit dans le résumé Chlotilde en a perdu la voix à force de hurler le nom de sa fille. Une forme d'isolement se dessine progressivement. Comment communiquer sans cet atout si précieux ? Une thérapie commence mais ne donne que de médiocres résultats. La solution ? Des injections de toxine botuliques pour resserrer les cordes vocales et laisser passer le son. Devant son refus quant à cette solution, Clothilde devient la victime des remarques sarcastiques de son père, sa meilleure amie change de comportement vis-à-vis d'elle et son mari commence à en faire autant malgré tout le soutien dont il fait preuve... Mais il y a une chose positive là-dedans : Clothilde, grâce à sa thérapie, a découvert qu'elle pouvait non pas parler mais chanter. Et, évidemment, elle est pleine de talent...

Et je dois dire que la psychologie développée par Anne pour son personnage féminin est excellente ! Des réflexions, des remises en question, mais surtout des choix se dessinent au fur et à mesure du roman. Tiraillée entre son désir de chanter et celui de retrouver sa vie d'avant, elle va devoir choisir en fonction d'elle-même ce qui l'attire le plus. Tout ça alors même que le texte est écrit à la troisième personne du singulier ! Il aurait été plus simple à mon sens de l'écrire à la première personne, mais ce choix isole encore un peu plus notre protagoniste et en ce sens je peux comprendre :)

Concernant l'écriture et la structure du livre, les phrases sont assez courtes et les paragraphes aussi. Au début, j'avoue avoir trouvé l'atmosphère assez pesante à cause de ça. Mais au fur et à mesure mon avis sur la question changeait. Même l'isolement de Chlotilde, bien que triste et parfois oppressant pour elle, me dérangeait moins bien que je compatissais.

Vous l'aurez compris, la musique et le chant ont également une place importante dans ce livre. D'ailleurs, le titre ne se limite pas qu'à l'action de la fillette au début du roman, il est aussi un clin d’œil à l'oeuvre inachevée de Bach intitulée L'Art de la Fugue qui prend ici tout son sens. C'est aussi une manière implicite de nous montrer le chemin que va choisir Chlotilde : en décidant elle-même sa propre route, elle se sent plus libre quitte à ne pas accepter la décision de ses proches.
J'ai bien aimé apprendre de nouveaux mots du jargon musical ou du chant. D'autres personnages arrivent aussi au fur et à mesure de l'histoire, ce qui fait du bien !

Pour ce qui est de la fin, je dirai qu'elle fait du bien. Elle est douce et pleine d'espoir pour la suite. En refermant le livre j'ai eu l'impression de dire au revoir à une amie. Et c'est à cela que je reconnais aussi les bons romans.

En bref, ce livre est presque un coup de cœur pour moi. Je ne sais ce qu'il me fallait de plus, mais je sens qu'il manque quand même un tout petit quelque chose ! Mais je vous le conseille vivement parce que c'est un beau roman sur la liberté de choisir sa propre route. Les chapitres sont courts mais vecteurs d'émotions. Les personnages et le village m'ont séduite, et j'aimerai beaucoup lire un autre livre de l'auteur qui m'était jusqu'alors inconnue.. :)

Et vous, connaissez-vous ce livre ?
Souhaiteriez-vous le lire ?
Dites-moi tout !

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